chapitres 5

Sœur docteur

C’est mon travail d’apporter des serviettes propres à l’infirmerie du couvent.
En rentrant, j’entends Sœur Docteur qui dit : Vite, apporte-les ici!
Je me dépêche d’apporter les serviettes et à ma grande surprise, sœur Docteure pointe à la tête de l’homme et me dit :
Appuie toute ta force pour arrêter le sang pendant que je couds.
Je fais ce qu’elle me dit et bientôt le sang s’arrête et l’homme respire calmement. Ça paraît sur son visage qu’il a un mal de tête effrayant.
(En méchif) Ma pripari ein ti avek d’l’ikors di sôl rouj.
Je cours comme un lapin vers la cuisine. À mon retour, Sœur Docteure est occupée avec un autre patient, puis elle me fait signe d’aider à l’homme encore trop faible pour tenir la tasse.
Comment est-ce que tu sais ce qui aide les migraines?
Ma mamère m’amène avec elle ramasser des plantes pi des herbes.
Estelle, est-ce que tu aimes la vie du couvent?
Ah oui, je veux être une Sœur Grise, mais je veux pas être une maitresse d’école. Je pense que je serais bonne dans la cuisine comme Sœur Laurent.
Aimerais-tu aider à l’infirmerie? Ah oui, mon plus grand rêve, ça l’y tout prendre soin des malades.
Le lendemain pi le jour après pi les semaines après ça, Sœur Docteure m’enseigne toutes sortes de choses. Des fois, elle me dit : Écoute bien, regarde bien. C’est important que tu te rappelles de ceci quand je serai plus là.
Ça pars? Oui, je rentre au couvent à Ottawa.
Mais ma sœur! Cossé que les familles Méchifs vont faire sans leur Sœur Docteure?
Le lendemain, mon père, ma mère et les Riels se rendent au couvent pour protester le départ de Sœur Docteure. D’une voix sévère, la Mère Supérieure coupe court à leurs supplications :
Sœur Sainte-Thérèse nous a été prêtée par son ordre religieux d’Ottawa pour trois ans. Il n’y a rien que je puisse faire pour là garder ici. Elle partira demain matin pour l’est.
Le lendemain matin, un Métis en charrette arrive au couvent pour chercher Sœur Docteure et son petit sac de voyage.
Toutes les sœurs, les élèves et les travailleurs du couvent sont réunis pour lui faire leurs adieux.
Elle me cherche dans la foule pi je m’avance vers elle pour prendre sa valise.
Je l’accompagne jusqu’à charrette, je salue le charretier qui m’a de l’air familier.
Avant de monter, elle met la main dans la poche volumineuse de son manteau pi sort un chapelet noir qu’elle me donne.
Tu prieras pour nous deux à l’intention de nos malades. Et je prie pour que j’aie de la patience pendant ce long voyage à Ottawa en train.
Le lendemain après-midi, je vois une scène surprenante par la fenêtre d’en haut du couvent.
C’est la Mère Supérieure qui court avec ses jupes qui tourbillonnent autour d’elle comme une toupie.
Elle arrive à la charrette juste comme le charretier aide Sœur Docteure à descendre.
C’est le charretier qui s’adresse à la Mère Supérieure. Sur le chemin qui mène à St-Paul, un groupe de Méchis est venu contourné notre charrette et nous a obligé de rebrousser chemin vers Saint-Boniface.
C’était un gros groupe qui n’était pas de bonne humeur – j’avais pas le choix.
Je vois Sœur Docteur qui hoche la tête pour confirmer l’histoire du charretier. La Sœur Supérieur semble enfin comprendre que l’expérience a été bouleversante pour sa collègue.
Elle prend la valise et les deux religieuses marchent ensemble vers le couvent. Avant de partir, le charretier lève le regard vers la fenêtre où je suis, pi me fait un grand salut.
Je l’ai pas reconnu sans le bandage sur sa tête! C’est l’homme à qui Sœur Docteure (pi moi!) on a sauvé la vie il y a quelques mois.
Mon cœur chante. Merci d’avoir ramené Sœur Docteure aux Méchis.
Li ma job d’amni di sarvyette prop a l’einfirmri dju kouvan. Kan jâ rantri, j’antan Seur Dokteur ke dji : Vitte amenne-li isitte!
J’m’grouye pour amni li sarvyette pi sh’ta bein supri kan Seur Dokteur a pweinte a la têt d’l’omme pi a m’dji : Ma toutte ta fors pour arrêti l’san pandan ke j’kou.
Sh’fa kousé ka m’dji pi, dan pâ gran tan, l’san y’arrêt pi l’omme y respir bein kalm. Sa para su sa fasse kyâ ein gro mal di têt. Ma pripari ein ti avek d’l’ikors di sôl rouj.
J’kour a kwizinne kom ein lyève. Kan jâ r’vyein back, Seur Dokteur li âkupi avek ein ôt pasyan. A m’fa ségne d’édi l’omme ki l’ita pâ assi forre ankorre pour tchyeinde sa tâsse.
Avan ke j’sorre d’l’einfirmri, Seur Dokteur a m’arrêt. Koman tchu sé kousé k’yéd di migrenne?
Ma memérre m’amenne avek elle ramâssi di plante pi di z’erb.
Estelle, l’emme tchu la vie dju kouvan?
Ah wè, j’veu êt enne Seur Grize. Mé j’veu pâ êt enne mitresse d’ikol. J’pans ke sh’ra bonne dan kwizinne kom Seur Laurent.
L’landmein, pi l’jour pi li s’menne apra, Seur Dokteur a m’mont toutte sorte d’aferre. Di fwè, a m’dji : Ikoutte bein pi r’gord bein.
Ein jour, a s’arrêt : S’teinportan ke tchu t’rappel ditsâ-sitte kan sh’râ pu isitte. Sa parre? Wè, j’rant ô kouvan a Ottawa.
Mé ma Seur! Kousé kli faméye méchisse von ferre san leu Seur Dokteur?
Li landmein, mon pérre, ma mérre pi li Riel y von ô kouvan pour montri ke sonta pâ kontan ke Seur Dokteur a parre.
Avek enne vwè bein siverre, la Mérre Supirieur a l’arrêt toutte leu d’mand: Seur Sainte-Thérèze nouza iti prèti pour twâ z’anni par sa kongrigasyon d’Ottawa.
Sh’peu pâ ryein ferre pour la gardi isitte. A vâ parchir d’mein matein pour alli dan l’Esse.
L’landmein matein, ein Méchisse an sharette arrive ô kouvan pour sharshi Seur Dokteur pi son pchi sak di wéyaj.
Toute li Seur, sonta lâ pour y djirre bobye.
A m’sharsh dan l’group pi j’vâ a elle pour prande sa valize.
J’vâ avek elle juska sharette pi j’dji allo a selwi ke menne la sharette. Sh’file kom si j’l’konna.
Avant ka mont, a ma la mein dan la grosse posh di son mantô, pi a sorre ein shapla nwerre ka m’danne.
Tchu prirâ pour nouzôt deux pour nô malad. Pi pri pour ke j’éye d’la pasians pandan ste gran wéyaj an trein a Ottawa.
Jy r’gorde la sharette ke s’an vâ, pour alli s’plassi a fein d’la ligni di sharette.
L’landmein apra-midji, jwè kéchose par l’shâssi dju hô dju kouvan, ke mâ supri. Si la Mérre Supirieur ke kour avek si jupe ke tourn alantour d’elle kom enne toupi.
A l’arrive a sharette an mêm tan ke selwi ke menne la sharette, éde la Seur Dokteur a disand.
Si lwi ke parl a Mérre Supirieur.
Su l’shmein ke menne a Saint-Paul, ein group di Méchisse l’ava r’viri notte sharette di barre, pi noza forsi a r’vyeind back a Saint-Boniface.
Sta ein gro group ke l’ita pâ kontan. J’ava pâ d’shwè.
J’wè Seur Dokteur ke kante la têt pour djirre ke son istwerre l’ita vra. La Seur Supirieur a konpran finalman ke s’t’enne ixpirians ky l’ava iti toff pour elle.
A pran la valize pi li deu, sa marsh ansanb divou kyé l’kouvan. Avan di parchir, selwi ke menne la sharette y r’gord ô shâssi divou ke shu, pi y m’fa ein gran salu.
J’la pâ r’konnu san son pansman sua têt. Sta l’omme ke Seur Dokteur, pi Mwé, l’ava sôvi sa vi ya kuk mwâ.
Mon keurre y shant. Marsi d’awerre ramni la Seur Dokteurô Méchisse.